Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /Fév /2009 23:07

Sur son blog, Daniel Garrigue, député de la Dordogne en rupture de ban avec l'UMP, a publié ce matin, un communiqué de presse dans lequel il fustige la réintégration de la France dans l'OTAN. Si nous souscrivons pleinement aux propos tenus par l'ancien maire de Bergerac dans cette tribune, il reste néanmoins une question qui nous taraude : l'adoption du traité dit "simplifié" de Lisbonne par le Parlement national, alors que les français s'étaient majoritairement prononcés, deux ans auparavant, contre le projet de constitution européenne, n'était-elle pas, elle aussi, une forme de trahison ? Et pourtant, Daniel Garrigue a défendu le Traité de Lisbonne...

Mais ne boudons pas notre plaisir puisque, sur le sujet de l'OTAN, et avec le sens de la mesure qu'on lui connaît en Dordogne, le député du Bergeracois tire à boulets rouges contre l'atlantisme (non assumé) du Président de la République.

Bonjour Messieurs les traîtres.
Communiqué de presse de Daniel Garrigue

Il y a un certain nombre d'années, Michel Jobert avait fait sensation en apostrophant ses collègues européens par ces mots : "Bonjour, Messieurs les traîtres." Il pourrait malheureusement reprendre la même apostrophe à l'égard des dirigeants français, à la suite de la tribune commune que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel viennent de signer dans Le Monde.


Prétendre fonder nos alliances "sur des valeurs communes, comme l'Union européenne et l'OTAN" marque un tournant politique d'une portée considérable puisqu'il place, sur le même plan, l'Europe et l'OTAN, désormais confondues au sein d'une vaste entité euro-atlantique ou "occidentale". Cela revient à abandonner et à condamner toute perspective de construction d'une Europe libre et responsable d'elle-même.

Rien ne justifie le retour de la France dans l'OTAN et la remise en cause de l'un des rares consensus forts de notre pays.

Nous y perdrons la considération que nous avions sur la scène internationale et particulièrement notre capacité à être entendus dans un certain nombre de conflits. Nous ne renforcerons en rien la défense européenne. C'est nous qui étions jusqu'ici porteurs de cette ambition alors que trop de nos partenaires trouvent confortable de s'en remettre à d'autres du soin d'assurer leur défense et de ne pas consentir les efforts budgétaires qui seraient nécessaires. C'est nous qui risquons désormais de nous aligner sur cette démarche de facilité et non l'inverse.

Nous serons de plus en plus contraints de suivre les Etats-Unis sur les théâtres d'engagement extérieur qu'ils décideront alors que l'une des raisons du retrait de l'OTAN, en 1966, était précisément de refuser cet automatisme. Alors que nous disposons aujourd'hui d'une réelle autonomie de décision grâce à nos systèmes de renseignement, grâce à la force nucléaire stratégique, au porte-avion et aux sous-marins nucléaires d'attaque, nous en faisons le deuil pour l'octroi de deux commandements de second rang à l'intérieur de l'OTAN.

Pour tous ceux qui croient en la France et en la construction de l'Europe, cette décision qui n'a été ni concertée, ni discutée, ni approuvée par les Français ou par le Parlement, constitue bien une véritable trahison.

Daniel GARRIGUE
Député non-inscrit (ex-UMP) de la Dordogne

Par DLR 24 - Publié dans : International
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Commentaires

13 mai 1964, Alain Peyrefitte parle avec De Gaulle au sujet du retrait des officiers de marine français de l’OTAN. Alain Peyrefitte : « Attendez-vous quelque chose de la session de l’OTAN ? De Gaulle. – Que voulez-vous que j’en attende ? L’OTAN ne sert à rien : il ne peut rien s’y passer ! Tout ça, c’est zéro, zéro, zéro. C’est fait pour faire vivre des fonctionnaires internationaux qui se font payer grassement à ne rien faire, sans verser d’impôt. Alain Peyrefitte. – On ne reviendra pas sur le retrait de nos officiers de marine de l’OTAN ? De Gaulle. – Pourquoi voulez-vous qu’on revienne là-dessus ? Il n’y avait aucune raison pour qu’ils y restent. C’était une anomalie qu’ils soient là. Bien sûr, ils se faisaient payer plus cher que s’ils étaient restés dans la marine française. Ces organismes internationaux sont bons pour y attraper la vérole. Nos représentants oublient le devoir d’obéissance à l’Etat. Ils y perdent le sentiment national. Alain Peyrefitte. – La chose a été rendue publique à partir de l’Allemagne. Nous les avions prévenus de notre intention, dans le cadre des consultations prévues par le traité de l’Elysée ? De Gaulle. – Non. Je ne crois pas. Pourquoi voulez-vous qu’on les prévienne ? Non. Il fallait bien que ça se sache un jour ou l’autre. Alain Peyrefitte. – C’est le journal Die Welt qui a fait la fuite. De Gaulle. – Les Anglais, qui sont des maîtres dans l’art de manipuler, ont colonisé la presse allemande. Adenauer était le premier à s’en plaindre. Les Allemands sont liés par leur presse aux mains des Anglo-Saxons. Vous savez ce que ça veut dire, la supranationalité ? La domination des Américains. L’Europe supranationale, c’est l’Europe sous commandement américain. Les Allemands, les Italiens, les Belges, les Pays-Bas sont dominés par les Américains. Les Anglais aussi, mais d’une autre manière, parce qu’ils sont de la même famille. Alors, il n’y a que la France qui ne soit pas dominée. Pour la dominer aussi, on s’acharne à vouloir la faire entrer dans un machin supranational aux ordres de Washington. De Gaulle ne veut pas de ça. Alors, on n’est pas content, et on le dit à longueur de journée, on met la France en quarantaine. Mais plus on veut le faire, et plus la France devient un centre d’attraction. Vous nous voyez avaler la supranationalité, nous ? La supranationalité, c’était bon pour les Lecanuet ! Alain Peyrefitte. – On dit que vous allez recevoir Jean Monnet. De Gaulle. – Pourquoi ne le recevrais-je pas ? Je l’ai toujours reçu quand il me l’a demandé. Il a été mon ministre. Ce n’est pas parce qu’il est devenu l’inspirateur des supranationalistes, c’est-à-dire des antinationaux, que je dois lui fermer ma porte. » (Alain Peyrefitte, C’était De Gaulle, Fayard, tome 2, page 216-217)
Commentaire n°1 posté par BA le 08/02/2009 à 14h08
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