Le feuilleton
du remaniement annoncé depuis plus de 6 mois par le président de la République a pris fin. Sans tomber dans la critique perpétuelle à l’égard du chef de l’Etat, il est difficile de ne pas
reconnaître que ce qui devait être le lancement d’un nouveau cap politique en vue de donner une orientation plus sociale à la fin du mandat présidentiel, s’est transformé, au fil des mois, en une
sorte de « Star Académie » de la politique avec une conclusion en forme de pétard mouillé. Mais au-delà de ce résultat, qui ne présage d’aucune évolution notoire dans la politique qui
sera menée au cours des dix huit prochains mois, c’est le cynisme avec lequel, certains, ont troqué leurs doutes, voire leurs convictions de la veille, pour, au final, accepter le maroquin
ministériel qui leur était offert au prix d’une soumission désormais acquise.
Le premier exemple vient d’Alain Juppé. Il ne s’agit pas de dénier à l’ancien premier ministre de Jacques Chirac une véritable stature d’homme d’état qui lui aurait, d’ailleurs, donné toute légitimité pour concourir à une élection présidentielle. Il ne s’agit pas, non plus, de revenir sur la promesse faite aux Bordelais de ne se consacrer, tout au long de son mandat de maire, qu’à la ville de Bordeaux qu’il a, effectivement, profondément transformée et modernisée depuis qu’il siège au palais Rohan. De ce point de vue, son action est plébiscitée par les Bordelais et c’est un juste retour des choses. On peut, néanmoins, regretter que cette entorse à la parole donnée aux électeurs puisse contribuer à décrédibiliser, toujours plus, la sincérité de l’engagement politique. Mais, ce qui choque réellement dans le retour d’Alain Juppé au sein du gouvernement de François Fillon, c’est qu’il ait accepté le ministère de la Défense alors même, qu’au cours de ces deux dernières années, ses critiques, à peine feutrées, exprimées sur son blog ou dans la presse, étaient souvent orientées contre la politique de défense définie par le président de la République. On se souvient d’une tribune publiée dans le Monde du 21 février 2009 ou du « marché de dupes » qui, quelques mois avant, dans une conférence, caractérisait, selon lui, la décision française de réintégrer le commandement de l’OTAN. Or, à peine investi de sa nouvelle tâche ministérielle, voilà notre nouveau ministre invité à mettre ses doutes dans son mouchoir et à aller porter la bonne parole atlantiste du Chef de l’Etat au sommet de l’OTAN à Lisbonne. Alain Juppé qui, parfois, se présentait comme une alternative possible à Nicolas Sarkozy en n’excluant pas de présenter sa candidature à des primaires organisées au sein de l’UMP, vient de rentrer dans le rang par la petite porte.
Autre cas, autrement plus flagrant et choquant, de reddition en rase campagne, est l’entrée au gouvernement de Marie-Anne Montchamp en qualité de secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale. A la suite d’un redécoupage électoral qui a entraîné la suppression de sa circonscription législative, la députée du Val de Marne était devenue, au sein de l’UMP, une des principales opposantes internes au président de la République. C’est, ainsi, qu’en toute logique, elle avait rallié le panache blanc de Dominique de Villepin, allant même jusqu’à devenir la porte-parole de République Solidaire, le mouvement créé par l’ancien premier ministre pour contrecarrer la politique menée par Nicolas Sarkozy. Au-delà des critiques anti-gouvernementales virulentes qu’elle n’hésitait pas à lancer en pâture aux journalistes qui l’interrogeait régulièrement dans la salle des quatre colonnes de l’Assemblée nationale, Marie-Anne Montchamp s’était débattue, pendant plusieurs mois, et jusqu’à la fin de l’été dernier, pour constituer un groupe « Villepiniste » autonome au sein de la représentation nationale, draguant tant au sein de l’UMP qu’auprès des députés non inscrits, qu’il s’agisse de ceux appartenant au MODEM ou à Debout La République. Après avoir été très critique sur plusieurs volets de la réforme des retraites, elle avait, avec son vote pour le projet de loi, amorcé son retour dans le giron sarkozyste. Cette preuve d’allégeance et les arrières pensées politiciennes du président de la République voyant, dans l’entrée de Marie-Anne Montchamp au gouvernement, un mauvais coup porté à son rival potentiel, Dominique de Villepin, a suffi à retourner la situation. Les mauvaises langues précisent, par ailleurs, que Marie-Anne Montchamp aurait profité de ce « mercato » politique pour négocier la tête de liste pour les prochaines élections sénatoriales dans le Val de Marne. Belle démonstration de ce que la politique peut offrir de plus noble : la course aux places et les petites arrangements entra amis plutôt que le combat pour des convictions. Quel spectacle navrant.


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